La première noble vérité est la pleine compréhension de la souffrance. Bien sûr, de manière évidente, les gens sont conscients de la souffrance et savent quand ils ont des sensations désagréables telles que la faim, le froid ou la maladie et les reconnaissent comme des choses que l’on n’aime pas.

Mais la première noble vérité inclut la conscience de toutes les ramifications de la souffrance, car elle englobe la nature même et l'essence de la souffrance. Cela inclut la connaissance des aspects et évidents de la souffrance. L'aspect évident de la souffrance est la douleur immédiate ou la difficulté du moment.

La souffrance subtile est plus difficile à comprendre car elle commence par le bonheur. Mais par sa nature même, ce bonheur doit changer car il ne peut pas durer éternellement. Parce qu'il va devenir souffrance, l'impermanence du plaisir est alors une souffrance subtile.
Par exemple, lorsque Sa Sainteté Karmapa est allé au Bhoutan, il fut invité au palais du royal.

Lors de son arrivée, le palais était magnifique, les chambres royals étaient splendides, il y avait beaucoup de serviteurs qui montraient un parfait respect et grande obéissance . Cependant S. S. Karmapa constata que, malgré la beauté extérieure, le roi lui-même souffrait beaucoup mentalement et avait de nombreuses difficultés. Le roi lui-même disait être soulagé de la venue de Sa Sainteté et souligna à quel point cette visite comptait pour lui en raison des diverses difficultés qu'il rencontrait.

C'est l'aspect subtil de la souffrance. On pense qu'une situation donnée peut procurer tout le bonheur imaginé, mais en réalité, il y a énormément d'angoisse dans ce genre de situation. Si l’on pense à ceux qui sont vraiment chanceux - les dieux ou ces êtres humains qui possèdent richesses et santé -, il semble qu’ils n’ont pas le bonheur. Il est difficile de comprendre que la racine même, la fibre même de ce qui se passe est souffrance du fait de l'impermanence d'une telle situation.

Qu'est-ce que le bonheur? De par sa nature même, le bonheur implique qu'il sera suivi de souffrances. Il n'y a pas de bonheur terrestre qui dure très longtemps. Le bonheur matériel comprend un élément de changement, de souffrance intrinsèque. Pour cette raison, la première noble vérité de la conscience de la souffrance ne se réfère pas seulement à la souffrance immédiate, mais également aux éléments subtils de la souffrance. Le Bouddha a enseigné la vérité de la souffrance parce que tout ce qui se passe dans le monde revêt une forme de souffrance.

Si l'on souffre sans en être conscient, on n'aura jamais la motivation d'éliminer cette souffrance et on continuera à souffrir. Quand on devient conscient de la souffrance, on est capable de la surmonter. Avec les formes les plus subtiles de souffrance, si l'on est heureux et que l'on prend conscience que ce bonheur inclut automatiquement le germe de la souffrance, on sera beaucoup moins enclin à s’impliquer dans l’attachement à ce bonheur. On se dira alors: "Oh, cela semble être du bonheur, mais il y a une souffrance inhérente." Ensuite, on voudra s'en dissocier. La première vérité souligne la nécessité de prendre conscience de la souffrance. Une fois que l’on a une idée très claire de la nature de la souffrance, on peut alors commencer à éviter de telles souffrances. Bien sûr, tout le monde veut éviter la souffrance et en sortir, mais pour ce faire, il faut être absolument clair sur sa nature.

Quand on prend conscience que la nature de la vie quotidienne est souffrance, on n'a pas besoin d'être malheureux avec la pensée, la souffrance sera toujours présente. La souffrance ne dure pas éternellement car le Bouddha est entré dans le monde, a donné des enseignements et montré clairement ce qu'est la souffrance. Il a également enseigné les moyens de mettre fin à la souffrance et a décrit l'état au-delà de la souffrance qu'est la libération. On n'est pas obligé de souffrir et on peut en fait être heureux.

Même si on ne peut pas sortir immédiatement de la souffrance en pratiquant les enseignements du Bouddha, on peut progressivement éliminer la souffrance de cette manière et aller vers la libération éventuelle. Ce fait en soi peut rendre heureux, avant même que l’on soit complètement sorti de la souffrance. En appliquant les enseignements du Bouddha, on peut à la fois être heureux dans la phase relative de son progrès et, à la fin, gagner en sagesse et en libération et être heureux au sens ultime également.

Des quatre nobles vérités, la première noble vérité indique clairement qu'il y a de la souffrance. Une fois que l'on sait ce qu'est la souffrance, il faut l'éliminer. Il ne s'agit pas d'éliminer la souffrance elle-même, mais d'éliminer les causes de la souffrance. Une fois que l’on élimine les causes de la souffrance, l’effet ou la souffrance elle-même disparaît automatiquement. C'est pourquoi, pour éliminer cette souffrance, on prend conscience de la seconde noble vérité, la vérité de l'origine universelle.