Shantideva’s
Bodhicharyāvatāra
བྱང་ཆུབ་སེམས་པའི་སྤྱོད་པ་ལ་འཇུག་པ།།
Groupe d'Etude guidé parVén. Lama Sangyay Tendzin
Session 50 - Samedi 20 août 2022
Chapitre SIX : Cultiver la Patience (suite)
REFUGE | MANDALA | REQUETE des ENSEIGNEMENTS
Invocation du Lama
Courte pratique de Quiétude Mentale – Développement de la Bodhicitta
Tashi Deleg ! Bienvenue à chacun de vous alors que nous nous rencontrons une fois à nouveau dans le but de poursuivre notre étude de groupe du Bodhicaryâvatâra.
Reprenant notre étude du chapitre 6 enseignant la pratique supérieure de la patience, nous avons terminé la conclu l’exposé de comment « Cultiver la patience envers ceux qui maltraitent nos proches »
Nous abordons maintenant le thème suivant,
« Cultiver la patience quand les gens font du bien à nos ennemis ».
Ce sujet couvre les strophes 76 à 86.
Strophe 76 :
Certains sont heureux en louant
Les qualités d’autrui.
Pourquoi, ô mon esprit,
N’y prends-tu pas plaisir, toi aussi ?
Quand les autres parlent en bien des rivaux qui suscitent sa jalousie, ou louent les qualités des ennemis qu'il déteste ; plus encore quand, ce faisant, ils en retirent quelque gratification mentale ; pourquoi, interroge Shantideva, son esprit ne prend-il pas plaisir à les louer aussi ?
Au lieu de cela, se dit-il, il réagit en parlant avec malveillance !
Il devrait plutôt être heureux ; l'acrimonie est totalement déplacée pour un Bodhisattva.
Strophe 77 :
Le plaisir que cette joie te vaudrait
Est une irréprochable source de bonheur
Permise par les êtres riches de qualités,
Et le meilleur moyen d’attirer les autres.
Ceux qui louent leurs ennemis et leurs rivaux possèdent un état d'esprit heureux et joyeux. En effet, le plaisir mental qui découle de la louange de ses ennemis est des plus raffinés ; contrairement à celui qu’on retire en se livrant aux plaisirs des sens tels que manger de la viande, boire de l'alcool ou se livrer dans une relation sexuelle.
Ce second type de plaisir est grossier et source même de souffrance dans cette vie et dans les vies futures : Il est donc réellement inadéquat. Pour cette raison, les bouddhas et bodhisattvas, doués de toutes les excellences, l'ont dénoncé et interdit comme un véritable poison. S'adonner à des plaisirs qui ne reposent sur rien d'autre que des émotions conflictuelles, finit par créer des conflits entre les êtres et les sépare.
Par ailleurs, le plaisir qui dérive de la capacité à louer ses ennemis, possède quatre qualités bénéfiques, qui sont l'inverse des défauts qui viennent d’être énoncés :
1. Premièrement, il représente la source de tout bonheur dans cette vie et dans les vies futures.
2. Deuxièmement, il n'est pas négatif mais vertueux, car source de bonheur et de réjouissance illimités.
3. Troisièmement, les bouddhas et les bodhisattvas qui sont dotés de qualités parfaites, ne l'interdisent pas mais en recommandent une pratique constante.
4. Enfin, il constitue le moyen idéal de séduire les gens, car une louange joyeuse et sans jalousie est le meilleur type de discours agréable.
Ainsi en fut-il illustré par Dromtönpa lorsqu'il vanta les qualités de Lama Khuwa(*).
(*) Je n'ai pas pu identifier ce Lama Khuwa dans mes recherches scripturaires, toutefois je le perçois comme un Lama enviant Gyalwang Dromtönpa d’être devenu l'unique dépositaire des trois branches de la transmission « Lam Rim » d'Atisha.
Strophe 78 :
De plus, si tu ne veux pas de ce plaisir
En pensant qu’il réjouira autrui,
Ne paie plus ceux que tu emploies :
Tu perdras ainsi le visible et l’invisible.
Si, par jalousie, nous ne désirons pas un tel plaisir, pensant que si nous louons les autres, y compris les personnes que nous n'aimons pas, ce seront eux qui connaîtront le bonheur et le contentement, nous devons également renoncer à rémunérer nos serviteurs, car leur salaire les rend heureux.
Cependant, nous serons certainement les perdants maintenant et à l'avenir. Car dans la vie présente le travail ne sera pas fait, et dans l'autre nous ne pourrons pas jouir des fruits de la générosité.
Strophe 79 :
Si quelqu’un fait ton éloge
Tu aimes que cela le rende heureux ;
Mais au moment de dire du bien des autres,
Tu te refuses même ce plaisir.
En d'autres termes, notre perception de ce qui doit être fait et de ce qui ne doit pas être fait est corrompue et notre comportement est complètement sens dessus dessous, nous éloignant de notre objectif principal d'atteindre l'illumination !
Y compris ceux que nous n'aimons pas, quand d'autres voient et entendent que nos qualités sont louées, nous nous attendons avec enthousiasme à ce que tout le monde se réjouisse de l'hommage.
Mais quand les compliments sont rendus à nos ennemis, nous ne voulons pas nous réjouir en nous joignant à leurs louanges, car nous avons peur qu'ils en soient rendus heureux.
Strophe 80 :
Tu as engendré l’esprit d’Éveil
Parce que tu veux le bonheur de tous les êtres,
Pourquoi te mettre en colère contre ceux
Qui trouvent le bonheur par eux-mêmes ?
Nous avons cultivé l'attitude d'esprit orientée vers l'illumination, souhaitant établir la multitude infinie d'êtres dans le bonheur insurpassable de la bouddhéité. Si maintenant nous constatons que, sans avoir besoin de notre aide, les êtres gagnent pour eux-mêmes un léger contentement dans la manière de se vêtir et de se nourrir, pourquoi devrions-nous nous en vouloir ? Il est tout à fait inconvenant d'être mécontent et ennuyé.
Strophe 81 :
Tu dis souhaiter aux êtres la bouddhéité,
Laquelle mérite l’hommage des trois mondes :
Pourquoi te tourmenter quand on les gratifie
Des honneurs les plus insignifiants ?
Nous cultivons la Bodhicitta, en souhaitant constamment que les êtres atteignent l’Éveil. Ce faisant, nous devenons des objets de vénération pour les êtres sensibles des trois mondes.
Pourquoi devrions-nous nous sentir agités de ressentiment lorsque de petites marques de faveurs (sans parler de vénération) leurs sont adressées ? Comment se fait-il que nous soyons incapables d'en accepter l’augure ? Une telle attitude est totalement inconvenante.
Strophe 82 :
Si celui qui comptais sur toi pour vivre
Trouve par lui-même
Ce que tu lui offrais,
T’emporteras-tu au lieu de te réjouir ?
Prenons l'exemple de nos relations, nos parents ou les proches qui dépendent de nous et pour lesquels nous avons le devoir constant de subvenir à leurs besoins en leur fournissant nourriture et vêtements.
S'il arrivait qu'ils trouvent un moyen de subsistance pour eux-mêmes, ne serions-nous pas heureux ? Aurons-nous encore une fois du ressentiment ? Une telle attitude n'aurait aucun sens.
Strophe 83 :
Si tu ne souhaites pas même cela aux êtres,
Comment pourrais-tu leur souhaiter l’Éveil ?
Comment celui qui s’irrite des richesses des autres,
Peut-il détenir l’esprit d’Éveil ?
Certes, si nous ne souhaitons pas que de telles faveurs, même insignifiantes, soient appréciées par les autres, ne sommes-nous pas hypocrites lorsque nous prétendons vouloir pour eux la bouddhéité ?
Comment quelqu'un peut-il posséder la Bodhicitta, c'est-à-dire l'attitude d'esprit qui orientée vers l’éveil de tous, et en même temps maudire amèrement les avantages temporels et spirituels dont les autres peuvent profiter ?
Il est parfaitement clair qu'une telle personne est totalement dépourvue de Bodhicitta!
Nous nous arrêterons ici pour aujourd'hui.
Pratiquons un court instant la quiétude mentale, avant de dédier le mérite de cette séance au bénéfice de tous.
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