Session 16

Shantideva’s

Bodhicharyāvatāra

བྱང་ཆུབ་སེམས་པའི་སྤྱོད་པ་ལ་འཇུག་པ།།

Groupe d'Etude guidé parVén. Lama Sangyay Tendzin

Chapitre Trois : L’adoption de l’esprit d’Éveil

Session 16 - le 8 mai 2021

Strophes 01 à 10

 

 

Tashi Deleg !

 

REFUGE – MANDALA - REQUÊTE

Invocation du Lama – Quiétude mentale

 

Poursuivant notre étude, la semaine dernière nous avons conclu par une session de Q&R sur le deuxième chapitre relatif à la confession de nos actions négatives.

Nous abordons maintenant le sujet principal du Bodhicaryâvatâra : l’adoption de l’esprit d’Éveil.

 

Chapitre trois - Strophe 01 :

Je me réjouis

Du bien qui soulage la souffrance

De tous les êtres des destinées inférieures

Et du bonheur actuel des êtres « douloureux ».

 

L'accumulation du mérite compte huit sections. Les quatre premières ont été commentées au Chapitre Deux. (Hommage, Refuge, Présentation d'Offrandes et Confession des actions négatives).

Le Chapitre Trois aborde les quatre sections suivantes. La première d'entre elles, "Se réjouir de la vertu", analyse les actes positifs accomplis par les trois types d’êtres, classés en fonction de leurs capacités.

Tout d'abord, Shantideva se réjouit de la "Vertu tendant au bonheur", celle des êtres de moindre capacité. Du point de vue causal, Shantidéva se réjouit de la pratique de la vertu qui n'est pas associée à la détermination de quitter le samsara, ni à la Bodhichitta, ni même à la pratique de l'absence d'ego.

Ce type de vertu libère les êtres de la souffrance des royaumes inférieurs les conduisant à la félicité des états supérieurs. Shantidéva se réjouit du résultat d'une telle vertu.

Si la situation des dieux et des êtres humains est heureuse par rapport aux royaumes inférieurs, elle est néanmoins entachée des trois types de souffrance.

Shantidéva se réjouit cependant du bonheur dont jouissent les êtres alors qu'ils profitent du fruit de leurs actions positives précédentes et font l'expérience de la beauté physique, de la jeunesse, du pouvoir, de la renommée, de la richesse, etc.

 

Chapitre trois - Strophe 02 :

Je me réjouis des actes positifs

Dont l’accomplissement est cause d’Éveil.

Je me réjouis pour les êtres

Qui se sont définitivement libérés des souffrances du samsâra.

 

Ensuite, Shantidéva se réjouit de la cause et du résultat de la "Vertu tendant à la Libération" des êtres de capacité moyenne.

Du point de vue causal, Shantidéva célèbre la vertu accomplie en conjonction avec la détermination de quitter le samsara et avec la pratique de l'absence d'ego, aboutissant à l'accomplissement des Shravakas et des Pratyekabuddhas.

Concernant les résultats d'une telle vertu, les êtres sont définitivement libérés de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort, et de toutes les autres souffrances des trois mondes d'existence. Ils atteignent l'état des niveaux des Shravakas sur le chemin de l'étude et la condition d'Arhat sur le chemin de la non-étude.

Se souvenant des qualités de réalisation et d'abandon de tels êtres, Shantidéva développe la foi et se réjouit. C'est en effet grâce à leur gentillesse que nous pouvons recevoir les enseignements sublimes du Vinaya, que le Bouddha dans sa compassion nous a laissés à la fois comme enseignements et comme guides.

 

Chapitre trois - Strophe 03a :

Je me réjouis de l’Éveil

De ceux qui donnent refuge

Et des terres atteintes

Par les bodhisattvas.

Chapitre trois - Strophe 03b :

J’apprécie avec joie

L’océan de mérites que représente

Le vœu de rendre heureux tous les êtres,

De même que le bien qu’on leur fait.

 

Shantidéva se réjouit également de la "Vertu tendant à la Libération" des êtres du Grand Véhicule du Mahayana, tant du point de vue causal que résultant.

Il se réjouit de son résultat final, à savoir l'Éveil Parfait doté des qualités infinies d'abandon et de réalisation accomplies par les Bouddhas, mais il reconnait aussi et se réjouit des qualités d'abandon et de réalisation obtenues par les Bodhisattvas sur les bhumis.

Poursuivant son examen de la cause de telles réalisations, il se délecte sincèrement et sans envie des vertus profondes de la Bodhicitta, la motivation immaculée qui vise à établir tous les êtres dans la félicité suprême de la bouddhéité.

Shantideva se réjouit également de l'entrainement qui consiste en la pratique des six Paramitas, qui apporte une aide incalculable à tous les êtres. Les bienfaits de telles actions sont aussi vastes et infinis que l'espace lui-même. Cela fut abondamment décrit dans le premier chapitre.

Se réjouir des bonnes actions des autres est une instruction essentielle car cela nous permet d'accumuler facilement et rapidement beaucoup de mérite sans tomber dans l'arrogance et la prétention. On dit donc que lorsque nous voyons ou entendons parler des actions vertueuses des autres, nous devons toujours nous en réjouir.

Vient ensuite la section de la « Prière aux Bouddhas de tourner la Roue du Dharma » :

 

Chapitre trois - Strophe 04 :

Les mains jointes, j’implore

Les bouddhas de toutes les directions

D’allumer le lambeau du Dharma pour les êtres

Qu’enveloppent les ténèbres de la souffrance !

 

Lorsque le Seigneur Bouddha atteignit l'Eveil parfait sous l'arbre de bodhi, il déclara :

« Profonde et paisible, sans pensée, lumineuse, non fabriquée :

Cette vérité exquise que je viens de découvrir,

Voudrais-je l'enseigner, personne ne comprendrait !

Et donc, je resterai silencieux, dans la forêt ».

Ainsi, Il le resta pendant plusieurs semaines jusqu'à ce que les grands dieux Indra et Brahma lui présentent une conque blanche dextrogyre et une roue dorée à mille rayons, le priant avec insistance de tourner la roue du Dharma. C’est alors que le Bouddha commença à enseigner.

De la même manière, alors que tous les Bouddhas des trois temps, dans leur parfaite sagesse, le considèrent et pensent à lui avec compassion et amour, Shantideva imagine leur offrir respectueusement une roue d'or et les invoque les mains jointes.

Pour tous les êtres tourmentés dans le samsara qui ne savent pas discerner ce qui doit être fait de ce qui ne doit pas l’être, Shantideva prie les bouddhas de tourner la roue du sublime Dharma, surmontant et supprimant ainsi l'ignorance des êtres relativement à leurs différentes capacités. Puissent les Bouddhas révéler la lumière authentique de la sagesse primordiale.

En faisant de telles prières, nous devons considérer que les bouddhas promettent de tourner la roue du Dharma. Ceci aura pour conséquence que, dans toute notre vie, n'entretenant pas de vues fausses ni de vues erronées, nous ne serons jamais séparés de la lumière de l'enseignement sublime.

 

Chapitre trois - Strophe 05 :

Je supplie les vainqueurs qui veulent

Passer au-delà de la souffrance

De ne pas rendre aveugle notre monde

Et d’y rester pendant d’innombrables ères.

 

Vient maintenant la sixième section de la demande au Bouddha de ne pas passer au nirvana. Bien que du point de vue de la vérité ultime, les bouddhas résidant dans les champs purs des dix directions n'entrent pas dans le nirvana, il se peut que certains bouddhas souhaitent afficher la vérité de l'impermanence.

Par conséquent, Shantidéva joint ses mains et les prie de ne pas abandonner les êtres dans leur ignorance. Afin qu'ils puissent expliquer davantage quel comportement doit être adopté et ce qui doit être abandonné, Shantideva demande aux bouddhas de ne pas passer au nirvana, mais de rester pendant d'innombrables kalpas. Et comme nous faisons aussi de telles prières, nous devons considérer que les bouddhas les acceptent et acceptent de rester parmi nous.

La prochaine et dernière section est la dédicace du mérite :

 

Chapitre trois - Strophe 06 :

Que par les mérites que je viens d’accumuler

En pratiquant de la sorte

Se dissipent toutes les souffrances

De tous les êtres.

 

Shantideva fait le vœu que toutes les vertus accumulées par lui dans les temps passés, présents et futurs (par les sept sections expliquées précédemment) puissent effacer toutes les douleurs du samsara et en particulier celles vécues dans les trois mondes inférieurs par des êtres aussi nombreux que le ciel est vaste.

 

Chapitre trois - Strophe 07 :

Puissé-je être la médecine,

Le médecin et l’infirmier

De ceux qui sont malades,

Jusqu’à leur guérison !

 

En particulier, à cause du mauvais comportement des êtres, les dieux perdent le combat contre les asuras. Et ces derniers, désormais victorieux, exhalent la source de dix-huit sortes de peste.

Les êtres sont affligés par ces maux et, par conséquent, jusqu'à ce qu'ils soient guéris de leur maladie, il prie pour qu'il devienne lui-même un médicament parfait pour les guérir.

En effet, de manière générale, tous les remèdes qui existent se sont manifestés grâce à la bénédiction compatissante des bouddhas et des bodhisattvas. Et ainsi Shantidéva prie pour qu'il devienne un médecin capable d'instruire les êtres et de leur fournir des remèdes médicinaux.

 

Chapitre trois - Strophe 08 :

Puissé-je, en faisant pleuvoir nourritures et boissons,

Bannir les maux de la faim et de la soif

Et, pendant les âges de famines,

Devenir moi-même aliment et breuvage !

 

Shantidéva souhaite qu'il devienne une pluie de nourriture aux cent saveurs, un nectar se répandant sans cesse sur tous ceux tourmentés par le manque de nourriture et de boisson. Il prie pour obtenir le pouvoir dissiper toutes leurs famines et sécheresses afin qu'ils soient satisfaits et contents.

 

Chapitre trois - Strophe 9 :

Puissé-je être l’inépuisable trésor

Des pauvres et des démunis

Pour que tout ce dont ils ont besoin

Se trouve juste devant eux !

 

Il est dit dans les enseignements que pour éviter de naître dans un univers qui passe par le kalpa intermédiaire de la maladie, de la guerre et de la famine, nous devrions ici et maintenant, faire des offrandes aux précieux trois joyaux de toutes sortes de médicaments et d'armes. Ce faisant, nous devrions offrir de la nourriture et des boissons aux membres du sangha, en priant pour que nous et les autres êtres soyons épargnés de renaître dans de telles situations.

A nouveau, pour tous ceux qui vivent dans le monde qui sont pauvres et sans ressources, sans nourriture, sans boisson, sans vêtements, sans richesse et sans possessions, Shantidéva prie pour qu'il devienne lui-même un trésor inépuisable de tout ce qu'ils souhaitent : nourriture pour les affamés et boisson pour les assoiffés. « Puis-je disposer devant eux », dit-il, « étroitement à leur portée, une source variée de tout ce dont ils pourraient avoir besoin ».

 

Chapitre trois – Strophe 10 :

Je renonce à mon corps, de même qu’à mes biens
Et à tous mes mérites passés, présents et futurs,
Sans me sentir dépossédé,
Pour accomplir le bien de tous les êtres.

 

La Bodhichitta est créée par l'entraînement de l'esprit.

L'esprit est formé par l’abandon, pour le bien des autres, des trois fondements de l'attachement à l'ego : le corps, les possessions et les racines de la vertu. Les débutants, cependant, ne devraient pas réellement les abandonner dans la réalité, car si nous essayons de le faire sans en être vraiment capables, le résultat ne sera pas positif.

Si donc nous formons et habituons nos esprits à l'attitude généreuse d'offrir ces trois fondements aux autres, il n'y a pas de contradiction à dire que nous accomplirons la Paramita de la générosité, même si en réalité nous ne donnons pas grand-chose.

En revanche, lorsque les gens font des dons de bienfaisance sans avoir une attitude généreuse, leur action est une simple imitation de générosité. Il est donc primordial de nous entrainer afin de se familiariser avec un état d'esprit généreux.

Des trois fondements de la saisie de soi, le corps est le plus important. Parce que nous nous accrochons à notre corps en tant que nous-mêmes ou en tant que notre propriété, nous saisissons égocentriquement les possessions, les plaisirs et la vertu comme moyen d'assurer notre bien-être physique. Compte tenu de cela, il est d'une importance vitale de rompre l'attachement au corps.

Nous devons réfléchir, suivant l'exemple de Shantidéva, déclarer que nous allons donner tout ce qui nous est cher: nos corps et nos biens (richesses, vêtements et nourriture), ainsi que toutes nos racines de vertu accumulées dans le passé, le présent et futur.

Nous devons tout abandonner pour le bénéfice et le bonheur de tous sans exception - et nous devons le faire sincèrement et sans compter le coût ni attendre une récompense ou un avantage karmique en retour. C'est une instruction essentielle qui chasse le démon de l'attachement à l'ego, la racine du samsara.

Chaque fois que des pensées d'attachement à notre corps surgissent, nous devons leur faire face directement et immédiatement, sans jamais perdre de vue la vision du Non-Soi, de la vacuité et de la compassion inconditionnelle. Cela garantira que nous sommes sur la Voie suprême.

Comme on le trouve dans le Shikshasamucchaya (*),

«Une fois que vous avez donné votre corps et vos biens aux autres, vous devriez continuer à utiliser la nourriture et les vêtements qui étaient autrefois les vôtres uniquement comme les serviteurs pourraient utiliser la nourriture et la subsistance de leurs employeurs: uniquement pour maintenir votre corps en vie pour le bénéfice des autres. Faire autre chose, c'est voler.»

En effet, si vous utilisez pour vous-même ce qui a été donné aux autres, vous volez aux êtres ce qui leur a été donné.

(*) བསླབ་པ་ཀུན་བཏུས ། - Le Shikshasamucchaya, Le Compendium des Préceptes par Shantideva présente clairement et en détail la conduite que les bodhisattvas devraient adopter à tout moment. C'est le plus long des trois textes écrits par Shantideva, le Sutrasamucchaya est le plus court et le Bodhicaryâvatâra, l'intermédiaire.

Le texte mentionné ici par Shantideva est une composition écrite Nagarjuna, portant le même nom et traitant du même sujet, qui n'est toutefois plus disponible.

Ceci suffit pour aujourd’hui. Je souhaite à toutes et à tous un agréable weekend.

Demeurons quelques instants en quiétude mentale avant de dédier le mérite de cette session pour le bien de tous.

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