Shantideva’s
Bodhicharyāvatāra
བྱང་ཆུབ་སེམས་པའི་སྤྱོད་པ་ལ་འཇུག་པ།།
Groupe d'Etude guidé parVén. Lama Sangyay Tendzin
Chapitre Trois : L’adoption de l’esprit d’Éveil
Session 17 - le 15 mai 2021
Strophes 11 à 21
Tashi Deleg !
REFUGE – MANDALA - REQUÊTE
Invocation du Lama – Quiétude mentale
Dans notre étude du Bodhicaryâvatâra, continuant le Chapitre Trois qui traite de l’Adoption de l’Esprit de l’Éveil, nous en abordons la 11ème strophe.
Chapitre trois - Strophe 11 :
C’est en donnant tout qu’on dépasse la souffrance,
Et j’aspire à dépasser la souffrance.
Quitte à tout abandonner,
Mieux vaut tout donner aux autres.
Lorsque vous vivez des situations effrayantes, comme de se trouver dans un environnement hostile, rappelez-vous qu’ayant abandonné les trois fondements de l'attachement à l'ego (corps, biens et racines de la vertu), vous n'avez plus rien à chérir. Votre esprit sera dès lors décontracté et dépourvu d'anxiété.
Alors que nous demeurons dans un tel état, si l'attachement à l'ego réapparaît, nous devons réaffirmer l’abandon de notre corps et de nos possessions d'une manière plus dramatique : imaginez que vous êtes en présence d'êtres physiques tels qu’animaux sauvages, fantômes et démons désincarnés, se régalant de votre chair et de votre sang et volant vos possessions.
Une telle pratique, appelée "Chöd", constitue les deux aspects : l'entrainement de l'esprit et la pratique de la générosité. Il n'y a pas de pratique "Chöd" plus élevée que celle-ci appliquée à ces trois niveaux :
- Se promener dans un lieu hostile ou dans les solitudes montagnardes est le Chöd extérieur.
- Offrir son corps en tant que nourriture est le Chöd intérieur.
- Trancher l'attachement à l'ego est le Chöd final.
Si nous pouvons réaliser cette instruction fondamentale, aucune régression ne se produira plus.
Chapitre trois - Strophe 12 :
À tous ceux qui ont un corps
J’ai offert mon corps pour leur bon plaisir.
Qu’ils en fassent toujours ce qui leur plaît :
Qu’ils le frappent, l’humilient ou le tuent !
Shantideva donne deux arguments pour nous montrer la nécessité de pratiquer ce genre de générosité quel que soit le véhicule considéré :
Le premier argument consiste à abandonner les trois fondements de l'attachement à l'ego et à atteindre l'état au-delà de la souffrance :
- La pratique de l'absence d'ego aboutit à l'abandon des racines de notre vertu. Le progrès sur le chemin commence par savoir que la Base du Chemin est l'accumulation de mérites, qui apporte la renaissance dans les royaumes supérieurs. Ceci est nécessaire pour que la Vérité du Chemin se soit réalisée par notre esprit.
- L'absence d'ego réalisée dans l’Hinayana, est obtenue lorsque l'obscurcissement émotionnel est écarté. Son résultat, le nirvana final des Shravakas et des Pratyekabuddhas, est comme un feu ou une lampe à beurre s'éteignant par manque de combustible.
- En revanche, en ce qui concerne la Vérité du Chemin, le nirvana tel qu'il est compris dans le Mahayana, résulte de l’abandon des deux types d'obscurcissement, ainsi que de leurs tendances habituelles. Tel un radeau, que l’on abandonne dès que l’autre rive est atteinte.
- Il est dit que la vertu mondaine, limitée et confinée par l'attachement à l'ego, n'est pas réellement efficace pour atteindre la libération. Par conséquent, nous devons l’abandonner. Il n'y a rien d'autre à atteindre en dehors de cela.
Le deuxième argument répond à l'objection suivante : « Pourquoi est-il nécessaire d'abandonner les trois fondements de l'attachement à l'ego même lorsque nous n'avons pas réellement l'intention d'atteindre le nirvana? »
- La réponse est que, même si nous ne les donnons pas maintenant, le fait est qu’à notre mort, nous devrons abandonner notre corps et nos biens. Quant à nos vertus, soit celles-ci auront été épuisées par des moments de colère vécus dans le passé, soit elles seront consumées par la simple expérience de la pleine maturation de leur résultat.
- Dans tous les cas, tout est destiné à être entièrement perdu, et sans la moindre utilité. Par conséquent, dans le moment présent où nous avons la liberté d'agir, il est préférable de tout donner aux autres pour leur bonheur et leur bénéfice. Ce faisant, le mérite de notre action ne sera pas épuisé mais servira la cause de la réalisation de l’éveil suprême.
Shantideva déclare qu'il a donné son corps à tous les êtres afin qu'ils puissent l'utiliser à leur guise. Qu'ils le tuent à jamais, le calomnient, le battent avec des bâtons et des pierres, ou en fassent tout ce qu'ils veulent.
Chapitre trois - Strophe 13 :
Qu’ils jouent avec mon corps,
Qu’ils le méprisent, qu’ils en rient !
Puisque je le leur ai offert,
À quoi bon le chérir autant ?
Qu'ils le traitent comme leur jouet ou comme le sujet de toutes sortes de joutes verbales, plaisantes ou désagréables, juste faites pour tester quelle réponse ils peuvent obtenir. Laissez-les en rire, en faire le sujet de toutes les moqueries, en le ridiculisant de toutes sortes de façons.
Maintenant qu'il l'a donné, pourquoi devrait-il s'en préoccuper autant, s'assurer de son avantage et repousser les difficultés ? Car il a mis fin à la pensée qu'il lui appartient de contrôler.
Chapitre trois - Strophe 14 :
Qu’ils m’infligent tout ce qu’ils veulent
Pour autant que cela ne leur nuise pas !
Quoi qu’ils fassent à mon égard,
Qu’ils ne soient jamais sans en bénéficier !
Ce disant, Shantideva invite les êtres à lui faire subir quoi que ce soit, bien ou mal, pour autant qu'ils ne se nuisent, ni ne se blessent, de ces actes. Il les invite à faire ce qui est approprié. Il fait le vœu général que tout ce que les êtres font à son égard ne soit jamais vain, au sens de ne pas leur être profitable et plus encore, que les pensées qu'ils ont de lui leur soient toutes bénéfiques.
Chapitre trois - Strophe 15 :
Que la colère ou la foi
Que j’inspire à quiconque
Soient toujours ce qui lui permettra
D’accomplir tous ses desseins !
Plus précisément, quelles que soient les pensées que les êtres entretiennent à son égard - la colère et le souhait de lui nuire, ou la gentillesse et le souhait de lui faire du bien - il prie pour qu'elles soient toujours la cause et le moyen de l'accomplissement des désirs et des buts des êtres, qu'ils soient spirituels ou temporels. Qu'aucune de ces intentions ne soit vaine.
Chapitre trois - Strophe 16 :
Que ceux qui me décrient,
M’injurient
Ou me font mal autrement
Aient tous la bonne fortune d’atteindre l’Éveil !
En outre, Shantidéva prie pour que les actions des êtres ne manquent pas de combler leurs meilleurs intérêts. Il souhaite en effet que tous ceux qui le méprisent ou qui commettent quel qu’outrage à sa personne ou à ses biens - ainsi que tous ceux qui le blâment et le calomnient dès qu’il a le dos tourné-, atteignent eux aussi la fortune de l'éveil.
Chaque fois que les êtres nous voient, entendent nos voix, nous touchent ou pensent à nous, quelle que soit la connexion, bonne ou mauvaise, qu'ils ont avec nous, nous devons prier qu’ils puissent être amenés à l'accomplissement de leurs souhaits et du bonheur temporel mais aussi ultime.
Chapitre trois - Strophe 17 :
Puissé-je être le protecteur des êtres sans protecteur
Et le guide de ceux qui sont en route,
Le bac, le navire et le pont
De ceux qui veulent rejoindre l’autre rive !
Shantidéva conclut en priant pour devenir le meilleur des gardiens de ceux qui sont misérables car impuissants, sans protection et sans importance. Il prie pour être un guide suprême pour les voyageurs, les marchands, etc.
Pour ceux qui souhaitent traverser les eaux, il prie pour devenir l’embarcation qui les mènera sur les rivières, un ferryboat sur les grandes voies navigables et un pont pour traverser les ruisseaux.
Chapitre trois - Strophe 18 :
Puissé-je être une île pour ceux qui cherchent une île,
Une lampe pour ceux qui veulent une lampe,
Un logis pour ceux qui veulent un logis
Et le serviteur de tous ceux qui veulent un serviteur !
Shantidéva prie pour que pour ceux qui, lors de longs voyages, sont fatigués de la mer et aspirent à la terre, il devienne une île, un lieu de terre sèche pourvue de fleurs et d’arbres fruitiers pour les accueillir.
Il prie pour qu'il soit une lampe pour ceux qui aspirent à la lumière, et pour ceux qui demeurent dans l'obscurité de ne pas savoir ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas être fait.
Il prie pour que, pour ceux qui ont besoin d'un lieu de repos et d'un lit, il devienne lui-même ces choses, et pour ceux qui sont vieux et infirmes, qu'il devienne un serviteur attentif à leurs besoins.
Chapitre trois - Strophe 19 :
Puissé-je pour tous être le joyau magique, l’aiguière merveilleuse,
La formule de science et la panacée,
L’arbre qui comble tous les souhaits
Et la vache au pis intarissable !
Shantideva aspire à être un superbe joyau exauçant les souhaits, apportant la pluie partout où elle est souhaitée dans les quatre continents cosmiques et un vase d'abondance qui déverse un grand trésor de tout ce qui peut être désiré.
Quand quelqu'un qui a accompli les vidya-mantras disperse des substances bénies ainsi, les êtres qu'ils touchent deviennent aussi chanceux que les dieux du royaume du désir, dotés de qualités merveilleuses. Ils ont une durée de vie plus longue que celle du soleil et de la lune ; ils deviennent plus radieux que les lotus et plus forts que les éléphants.
Ainsi, Shantidéva prie pour accomplir le vidyā -mantra (*) - qui par le simple fait d'être lu, donne lieu à des accomplissements - et donc bénéficie les êtres des trois mondes.
Puisse-t-il être aussi la grande panacée qui apaise toute maladie et toute force maléfique ; puisse-t-il être l'arbre des miracles qui donne toute chose concevable et satisfait tous les désirs.
(*) རིག་སྔགས ། - le vidyā-mantra, est un mantra lié à une déité et dont la récitation procure la capacité de modifier ou de contrôler les phénomènes et les circonstances.
Chapitre trois - Strophe 20 :
Comme la terre et les autres éléments,
Puissé-je toujours, à l’échelle de l’espace,
Être la source qui pourvoit aux multiples besoins
De la foule insondable des êtres !
Le terme tibétain འབྱུང་བ ། - "jung-wa" qui désigne les cinq éléments, est significatif du fait qu’ils donnent naissance à tout ce qui se manifeste - non seulement au sens de l’univers des phénomènes mais aussi au sens des êtres qui l’habitent.
On dit qu'ils sont "grands" parce que tout dépend d'eux et qu'ils sont omniprésents.
- La Terre est le fondement, la base qui soutien.
- L'Eau est le principe de cohésion qui produit la fertilité.
- Le Feu amène à la maturité.
- Le Vent empêche la décomposition par la production du mouvement.
- L'Espace est l’ouverture omniprésente dans laquelle tous les phénomènes peuvent se manifester.
Dans cet esprit, Shantideva prie pour qu'il puisse toujours être le fondement ou la cause de la subsistance d'innombrables êtres, leur fournissant soutien, cohésion, chaleur, mouvement et espace, leur fournissant de la nourriture, des vêtements, des richesses et toutes les commodités.
Chapitre trois - Strophe 21 :
Puissé-je ainsi pourvoir aux besoins des êtres
Jusqu’à la fin de l’espace
En tout lieu et de tout temps
Jusqu’à ce que tous atteignent le nirvâna !
Pour le nombre infini d'êtres vivants s'étendant jusqu'aux confins de l'espace, et pour le temps qu'il faut à chacun d'eux pour atteindre la bouddhéité, Shantideva prie d'être en mesure de pourvoir tout ce dont ils ont besoin et ce qu'ils souhaitent. Telle est l'étendue de l'immense aspiration de Shantidéva.
L'entraînement de l'esprit présenté jusqu'ici, constitue une préparation pour la génération de la Bodhichitta et constituera une pratique à mettre en œuvre une fois la Bodhichitta engendrée. Aussi, nous devons nous efforcer d'élargir nos perspectives et faire des prières d'aspiration à grande échelle.
C'est la grandeur de notre esprit dans l'instant présent et lorsque nous formulons nos prières d'aspiration qui dicteront leur efficacité et la rapidité avec laquelle nos activités de Bodhisattva et de Bouddha se manifesteront.
L'entraînement de l'esprit est par conséquent de la plus haute importance. La semaine prochaine, nous aborderons une brève présentation de la manière dont les vœux de Bodhisattva sont prononcés dans les deux principales lignées de transmission, celle de Nagarjuna et celle d'Asanga.
Arrêtons ici aujourd’hui. Je souhaite à toutes et à tous un agréable weekend.
Demeurons quelques instants en quiétude mentale avant de dédier le mérite de cette session pour le bien de tous.

