Session 18

Shantideva’s

Bodhicharyāvatāra

བྱང་ཆུབ་སེམས་པའི་སྤྱོད་པ་ལ་འཇུག་པ།།

Groupe d'Etude guidé parVén. Lama Sangyay Tendzin

Chapitre Trois : L’adoption de l’esprit d’Éveil

Session 18 - le 22 mai 2021

Strophes 22 à 33

 

 

Tashi Deleg !

 

REFUGE – MANDALA - REQUÊTE

Invocation du Lama – Quiétude mentale

La semaine dernière, nous avons terminé la strophe 21 du chapitre trois ayant pour sujet l’Adoption de l’Esprit de l’Éveil, nous avons ainsi acquis la motivation constituant la relation causale correcte permettant d’adopter l'esprit d'éveil en prenant les Vœux de Bodhichitta. Cela se fera dès lors que nous réciterons les deux strophes suivantes :

 

Chapitre trois - Strophe 22 :

De même que les bien-allés

Ont engendré l’esprit d’Éveil

Et observé progressivement

Les préceptes des bodhisattvas,

 

Chapitre trois - Strophe 23 :

J’engendrerai l’esprit d’Éveil

Pour le bien des êtres

Et m’entraînerai graduellement

À respecter ses préceptes.

 

La Bodhichitta peut être engendrée de trois façons différentes :

- À la manière d'un roi,

- À la manière d'un batelier, et,

- À la manière d'un berger.

Adaptées aux spécificités des individus, elles se valent toutes et ne doivent pas être l’objet d’une quelconque compétitivité.

Peu importe le mode choisi, les vœux sont prononcés et pris selon deux traditions transmises respectivement par Nagarjuna et par Asanga :

- Dans la tradition de Nagarjuna, les vœux de Bodhichitta d'Intention et de Bodhichitta d'Action sont pris simultanément.

- Dans la tradition d'Asanga, ils sont pris séparément.

Recevoir le vœu d'un maître pleinement qualifié permet d'adopter plus facilement une conscience éthique et un sens accru des responsabilités liées au respect de son engagement. C’est en suivant les conseils du maître, que nous pourrons adopter une attitude pure et une motivation correcte.

Toutefois, si cela ne peut se faire, il est certes possible de prendre ces vœux devant les représentations des Trois Joyaux ou de l’Arbre de Refuge clairement visualisé. Ce faisant, il faut alors engendrer la pensée que les bouddhas sont invoqués et invités depuis les champs ultimes où ils résident.

Quant au rituel :

- Commencez par invoquer à trois reprises la présence des Bouddhas et des Bodhisattvas.

- Posez ensuite le fondement de la prise de vœu en prenant Refuge trois fois.

- Pour la Prise des deux vœux dans la tradition de Nagarjuna :

  • Proclamez trois fois (Strophe 22 & strophe 23, L1-L2) que de même, au profit d'êtres aussi infinis que le ciel est vaste, vous vous engagez à adopter la Bodhichitta d’Intention, souhaitant aider les êtres à atteindre l’éveil insurpassable.
  • Continuez ensuite la lecture (Strophe 23, L3-L4) disant qu’à partir de ce jour, vous vous entrainerez dans les six Paramitas ainsi que dans les autres préceptes du Bodhisattva, étape par étape et selon votre capacité. C'est ainsi que la Bodhichitta d’Action est engendrée.

- Pour la Prise de ces vœux (séparément) dans la tradition d’Asanga :

  • Récitez trois fois la strophe 22, L1-L2 et la strophe 23, L1-L2, pour prendre le vœu de Bodhichitta d’Intention.
  • Ayant entrainé votre esprit à garder ce vœu, lors d’une seconde opportunité idéale, récitez trois fois la strophe 22, L1-L2 et la strophe 23, L3-L4 pour prendre le vœu de Bodhichitta en Action.

Le moment réel où le vœu est reçu est celui de la troisième répétition de ces formules.

Ceci étant accompli, engendrez la conviction que les vœux de Bodhichitta d’intention et/ou d’action sont reçus et ornent désormais votre esprit.

Si l’on s’entraîne aux préceptes des Bodhisattvas pas à pas et selon ses aptitudes, la capacité à observer les préceptes sera progressivement améliorée.

L'expression « pas à pas » se rapporte à la discipline consistant à éviter les actions négatives, telle qu'elle est pratiquée par les Bodhisattvas de capacité la plus élevée, moyenne et fondamentale :

  • Ceux de la plus grande capacité doivent éviter de rompre les dix-huit vœux principaux.
  • Les Bodhisattvas de capacité moyenne doivent se garder des quatre chutes fondamentales, tels que le refus de donner la richesse ou le don du Dharma par manque de générosité.
  • Pour les Bodhisattvas de moindre capacité, il suffit de conserver et de ne pas abandonner leur Bodhichitta d’Intention.

Il est également expliqué qu’en référence à l'entraînement principal des Bodhisattvas,

  • Sur le chemin de l'accumulation, il consiste acquérir la discipline d'éviter la négativité.
  • Sur le chemin de l’application, il consiste principalement en l'accomplissement d'actes positifs.
  • Sur les nobles chemins de la vue et de la méditation, il s'agit avant tout de faire bénéficier les autres.

 

Chapitre trois - Strophe 24 :

Gardant purement, comme cela,

Pour développer l’esprit d’Éveil

Qu’il vient d’adopter avec joie,

L’être avisé l’exaltera ainsi :

 

Lorsque des êtres sages possédant un esprit clair, animés de félicité lumineuse et lucide, engendrent la Bodhichitta par la pratique préparatoire et le rituel de la prise de vœu, il est excellent qu’ils élèvent leur esprit par des actes de réjouissance. Ce faisant, leur Bodhichitta s'intensifiera et augmentera facilement.

 

Chapitre trois - Strophe 25 :

« À présent, ma vie a porté son fruit :

J’ai acquis une bonne existence humaine,

Je suis né dans la famille des Bouddhas

Et me voici bodhisattva. »

 

Shantidéva s'exclame que le jour où il engendra la Bodhichitta, sa vie devint fructueuse. Cela lui donna un sens. Il dit que sa naissance humaine est bien assumée, maintenant qu'il a pris naissance dans la lignée parfaite des Bouddhas et est devenu le cher fils et d'eux tous, l'héritier. Ainsi va le dicton :

« Si bonnes sont nos voies, ce corps est un vaisseau qui nous transporte vers la liberté.

Mauvaises soient elles, c'est une pierre qui nous tire vers les tréfonds du samsara. »

 

Chapitre trois - Strophe 26 :

Désormais, tout ce que j’entreprendrai

Sera en accord avec ma famille

Et je ne ferai rien qui souille

Cette noble lignée immaculée.

 

Quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve, il n'accomplira que ce qui bénéficie les autres et est en harmonie avec la lignée du Mahayana. Par ailleurs, depuis le Seigneur Bouddha lui-même en passant par les Bodhisattvas tels que Manjughosha jusqu'à lui-même, Shantidéva, rappelle qu’aucun des maîtres de la lignée ne fut corrompu par les fautes principales de l'égoïsme et des autres.

Par conséquent, cette lignée est noble et sans tache ; en raison de quoi, proclame-t-il, il persévérera dans les préceptes du Bodhisattva, comme un fils imitant son père. Il agira de telle manière qu'il ne polluera jamais ou ne compromettra pas par ses défauts son pedigree élevé et irréprochable. Ce sont des points sur lesquels nous devons, nous aussi, réfléchir encore et encore.

 

Chapitre trois - Strophe 27 :

Tel un aveugle qui trouve

Un joyau dans un tas d’ordures,

J’ai, comme par un pur hasard,

Conçu l’esprit d’Éveil.

 

Le fait que la Bodhichitta soit difficile à trouver est illustré par l'exemple d'un aveugle, par nature incapable de trouver quoi que ce soit, mais qui découvre un joyau exauçant les souhaits dans une pile d’ordures laissée sur son passage. Cela serait considéré comme quelque chose d’absolument extraordinaire et cause d’une tres grande joie.

Ainsi qu’il est dit, « L'écriture formée par des insectes rongeurs se produit par accident ; ce n'est en rien intentionnel. », De la même manière, dit Shantideva, comme par une simple configuration fortuite du mérite karmique, au milieu du tas des souillures qui caractérisent un être ordinaire tel que lui, que surgisse soudain dans son esprit la précieuse Bodhichitta dissipant les embûches de l'existence dans le samsara et conduisant vers la paix. -,  est un fait complètement incroyable dont il exulte de joie.

 

Chapitre trois - Strophe 28 :

C’est même l’ambroisie suprême

Qui vainc la Mort des êtres,

L’inépuisable trésor qui chasse

Des mondes la pauvreté,

 

Les Bodhisattvas exposent le Dharma conformément aux aspirations des êtres. Ce faisant, ils écrasent Yama, porteur de la mort pour chaque individu sans exception.

Non seulement leur Bodhichitta est le projet d'immortalité qui place les êtres dans l'éveil immortel, mais dans l'immédiat, c’est un élixir d'immortalité qui chasse la mort prématurée.

Par surcroit, les Bodhisattvas de la huitième terre de réalisation, détiennent un pouvoir sur les choses matérielles et sont de ce fait, aptes à dissiper la pauvreté des êtres. Ils ont la capacité de matérialiser n'importe quel objet et dans la quantité souhaitée C'est comme si l'espace était rempli de tout ce qui leur est nécessaire. C'est ce qu'on appelle ནམ་མཁའ་མཛོད ། - le « trésor céleste » des richesses éternelles.

 

Chapitre trois - Strophe 29 :

La suprême panacée

Qui guérit tous les maux des êtres,

L’arbre sous lequel se reposent

Ceux qui sont fatigués d’errer par les sentiers du monde,

 

Quant aux êtres de capacités supérieures et moyennes, en réponse aux malaises des émotions conflictuelles causés par le désir, l'aversion et l'ignorance et aux malaises de la souffrance qui affectent l'énergie du vent, la bile et le flegme, les Bodhisattvas exposent leurs enseignements sur le terrible attachement au corps, sur la bonté de cœur, sur les manifestations de l'interdépendance et sur l'absence de soi. De cette manière, ils éliminent toutes les maladies des êtres sans exception et dans leurs deux aspects : causal et résultant.

 

Chapitre trois - Strophe 30 :

Le véhicule universel qui délivre

Tous les êtres des destinées inférieures,

La lune spirituelle qui dissipe le feu

De leurs passions

 

Ayant amené des êtres de capacités inférieures, dans les royaumes supérieurs, à la libération selon l’Hinayana, les Bodhisattvas ont l'intention finale d'établir ces êtres dans la lignée Mahayana, le grand véhicule lui-même.

Ainsi, exposent-ils le Dharma du Mahayana. Ils enseignent la Bodhichitta, l'attitude suprême de l’éveil, qui refroidit la chaleur du désir et apaise les tourments des autres souillures émotionnelles qui sont les principaux obstacles à la libération d'êtres illimités.

Parlant de l'obscurcissement émotionnel, le protecteur Maitreya déclara :

« Toutes les pensées d'avarice et autres sont dites être des voiles émotionnels. »

Ainsi, les facteurs les plus défavorables qui vont à l’encontre des six Paramitas ne sont-ils que des obscurcissements émotionnels.

 

Chapitre trois - Strophe 31 :

Le grand soleil qui chasse

Des mondes le brouillard de l’ignorance,

La quintessence du beurre qui jaillit

Du barattage du lait des enseignements suprêmes.

 

Dans les courants mentaux des êtres, le principal obstacle à l'omniscience, à la conscience de toutes choses, est la tristesse de l'ignorance concernant la nature des phénomènes. C'est ce que l'on entend par obscurcissement cognitif. La Bodhichitta les supprime complètement.

Comme l’a dit Maitreya :

« Les pensées référant aux trois sphères conceptuelles sont comme des voiles sur les connaissables. »

Connaître quelque chose en croyant à l'existence réelle des trois sphères du sujet, de l'objet et de l'action, est extrêmement limité et mène à ignorance. Cela même, empêche de voir tous les autres objets de connaissance dans leur ensemble et simultanément. C'est ce qu’on appelle l'obscurcissement cognitif.

 

Chapitre trois - Strophe 32 :

Ô voyageurs des mondes qui parcourez les voies

Du devenir en aspirant à jouir du bonheur,

Vous avez devant vous le bonheur suprême,

La satisfaction de ceux qui errent depuis si longtemps.

 

Les innombrables êtres qui vivent dans les six royaumes sont comme des vagabonds sur les chemins de l'existence, du pic de l'existence à l'enfer de la douleur implacable. Pour aider ceux qui souhaitent jouir du plaisir d'un répit temporaire et ultime des peines qu'ils endurent, les Bodhisattvas renaissent dans le samsara grâce au pouvoir de leur Bodhichitta.

Ils restent avec les êtres, en restant près d'eux, afin de les amener à l'état éternel de l’éveil suprême. Ils sont comme des gens qui plantent des tentes de rafraîchissement pour les pèlerins. Les bodhisattvas apportent aux êtres tout le bonheur qu'ils désirent.

 

Chapitre trois - Strophe 33 :

Aujourd’hui, en présence de tous les protecteurs,

J’ai invité les êtres à accéder à la bouddhéité

Et, entre-temps, au bonheur :

Que les dieux, les semi-dieux et tous se réjouissent ! »

 

Conformément à ce qui a été dit précédemment, en présence de tous les Bouddhas et Bodhisattvas pris pour témoins, Shantidéva convoque tous les êtres illimités remplissant l'espace. Il les invite à la plus haute félicité de la bouddhéité ultime, et entretemps, à une fête parfaite de bonheur temporaire dans les royaumes supérieurs des dieux et des êtres humains.

La raison pour laquelle on prend les Bouddhas et les Bodhisattvas comme témoins du vœu de Bodhichitta est que cela nous permettra d’engendrer un sentiment de pertinence à leur égard et un sentiment de conscience morale à l'égard de nous-même.

Nous terminons ainsi notre étude du chapitre trois et de la première partie du Bodhicaryâvatâra.

Veuillez revoir vos notes et m’envoyer les questions que vous pourriez avoir.

La prochaine session sera consacrée à y répondre. Je souhaite à tous un agréable week-end.

Pratiquons la quiétude mentale avant de dédier le mérite de cette session pour le bien de tous.

 

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